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Comment passer au travers de l'euthanasie de votre chat

COMMENT PASSER AU TRAVERS DE L’EUTHANASIE DE VOTRE CHAT
En mémoire de SHAELLE (2003-2016)

Notre plus vieille nous a quitté d’un cancer virulent en décembre dernier après 13 ans de vie commune. J’aimerais vous en parler en répondant à des questions qu’on me pose souvent dans le cas d’un animal que l’on sait sur ses derniers jours, semaines ou mois. Des questions comme : « Comment sait-on que c’est le temps? » ou « Que faire pour les autres chats de la maison après son départ? » seront parmi lesquelles je répondrai. Ce sera ma façon à moi d’immortaliser Shaelle.


Je vous donne ma façon à moi de négocier avec tout ça mais ça ne veut pas dire que c’est LA bonne façon. Ce genre de processus est plutôt personnel et surtout, différent pour chaque cas. Comprenez ici que je sors un peu du cadre du comportement animal, alors lisez le tout comme si c’était un éditorial avec quelques conseils comportementaux. Si je me permets cette dérogation, c’est que quelqu’un m’a dit dernièrement que ma façon de voir les choses l’avait beaucoup aidé. Alors, prenez ce que vous voulez dans ce texte et laissez le reste.


COMMENT SAVOIR QUAND C’EST LE MOMENT?

Mon critère très personnel pour savoir si « c’est le temps » est le suivant : on se décide AVANT que l’animal souffre. On n’attend pas qu’il soit souffrant. La seule personne capable de vous dire s’il souffre est votre vétérinaire. Pas votre famille, pas Google et surtout pas l’ami-qui-a-eu-des-chats-toute-sa-vie.  La chose à savoir c’est qu’avec le chat, il est très difficile de savoir quand celui-ci souffre vraiment, car il est passé maître dans l’art de dissimuler la douleur pour ne pas montrer des faiblesses face à un congénère ou un prédateur. Voilà pourquoi un chat s’isole souvent pour mourir. Avec le chat, attendre de voir de la douleur signifie souvent qu’il a probablement mal depuis quelques temps. Donc, dans le cas de Shaelle, dès que nous avons perçu un changement considérable dans son comportement qui persistait sur quelques jours, nous avons consulté le vétérinaire et pris la décision.

Avoir la responsabilité de prendre LA décision finale pour notre animal sans vraiment avoir de certitude est probablement la chose la plus difficile qui soit. Cependant, vous connaissez les habitudes de votre animal. C’est lorsqu’il ne fait plus ses activités courantes, qu’il reste isolé et qu’il n’interagit plus avec nous comme d’habitude qu’il faut agir. Même si c’est difficile, il faut rester rationnel et ne pas laisser notre peine choisir à notre place. Il faut à tout prix éviter de garder un animal en vie parce que nous avons de la difficulté à négocier avec notre trop grande peine ou pour tenter de se protéger de toutes ces émotions. N’oubliez pas que ne pas prendre de décision, c’est aussi une décision. Si l’animal souffre parce que vous ne parvenez pas à agir, c’est là qu’il faut demander l’aide d’un professionnel.

 

LE JOUR DE L’EUTHANASIE

Vient le temps de l’euthanasie. Pour la première fois, nous avons décidé de faire ça à la maison. Cela présente des avantages et des désavantages. La motivation première des gens pour faire ça à la maison est d’éviter le stress du transport et le stress de la clinique au chat pour que les derniers moments ne soient pas passés dans l’anxiété. Dans cette optique, c’est une bonne chose. Toutefois, il faut savoir que chez soi, nos chats sont beaucoup plus à l’aise et donc plus prompt à se débattre et ne pas coopérer au moment où l’on doit l’attraper pour la procédure. Cela peut donner un goût amer et présenter un stress considérable pour l’humain, l’animal et les autres chats. En clinique, la majorité des chats font de l’inertie1 ce qui facilite beaucoup les choses. C’est à vous de juger selon la condition et le caractère de votre chat. À la maison, nous pouvons pleurer comme bon nous semble sans gêne d’être regardés par d’autres clients à la sortie de la salle. Le désavantage c’est que l’endroit où a lieu l’euthanasie reste souvent gravé comme une photo et reste longtemps en mémoire (le salon, la chambre à coucher, la cuisine, etc.). C’est un pensez-y bien. Finalement, il faut considérer comment les autres membres de la famille vont négocier avec tous ces éléments : avez-vous des enfants en bas âge capable de comprendre que l’animal doit s’en aller?


ÊTRE PRÉSENT OU NON

Reste à décider si on veut être présent ou non lors du moment ultime. Un grand nombre de personnes décident d’être là pour le chat, pour ne pas que ses derniers moments soient entre les mains d’un étranger. Je dois vous dire que c’est un moment TRÈS difficile à vivre. Certaines personnes voudront le faire dans un esprit de cheminement et je respecte cette démarche. Par contre, si vous le faite seulement parce que vous ne voulez pas que les derniers moments de la vie de votre chat se passent aux mains d’étranger dans un état de stress intense, je dois vous dire que ce n’est pas nécessairement une bonne idée : votre chat vous connaît et connaît surtout votre routine corporelle et émotionnelle. Tout changement dans votre façon de faire est perçu par votre chat et devient souvent source d’anxiété. Donc, si vous êtes aux prises à de fortes émotions que vous n’arrivez pas à gérer lors de l’euthanasie, ce n’est peut-être pas une bonne idée d’assister à cette intervention. Ce faisant, vous pourriez provoquer encore plus d’anxiété chez votre chat qu’en étant absent. Si vous ne pouvez pas vous résigner à le laisser aux soins du vétérinaire seul, pensez à demander à un ami ou à un parent qui connaît votre chat de bien vouloir rester pendant l’euthanasie de minou. Dernier petit avertissement : les chats ne ferment pas les yeux lorsqu’ils décèdent. Cela peut être déroutant pour certaines personnes, car vous n’avez aucun autre indicateur que la confirmation du vétérinaire pour vous dire que tout est terminé et vous pourriez avoir le sentiment d’avoir raté le moment ultime, attendant que les yeux ferment.

 

LA CULPABILISATION

N’oubliez jamais dans tout ce processus que le chat vit dans le présent uniquement. Celui-ci ne peut pas vous en vouloir pour quelque chose qui s’est passé hier, il y a une semaine ou il y a un an. Il ne peut pas non plus regretter de ne pas avoir eu le temps de faire ou d’exprimer quelque chose comme le font souvent les humains dans leurs derniers moments! C’est très important de garder cet aspect en mémoire pour éviter les anthropomorphismes2 qui mènent à la culpabilité et aux remords.

Finalement, un psychologue m’a déjà dit ceci sur la culpabilisation que je trouve très judicieux : « La culpabilisation n’est valide que si vous avez VOLONTAIREMENT fait quelque chose dans le but de nuire à une personne. » Il est possible que vous ayez fait une erreur qui a mené au décès de votre chat ou encore que vous vous sentiez simplement coupable d’avoir pris la décision de l’euthanasier pour différentes raisons. Sachez que si vous n’aviez pas de mauvaises intentions, la culpabilité que vous vivez n’a probablement pas sa raison d’être. Vous êtes restés rationnel et avez pris cette décision afin que votre animal souffre moins ou pas du tout.

  
QUE FAIRE POUR LES AUTRES ANIMAUX DE LA MAISON?

Une fois cet éprouvant moment passé, on me demande souvent ce qu’il faut faire pour les animaux de la maison. Le plus important est de retrouver votre routine normale le plus rapidement possible. Comme indiqué plus tôt, tout changement pourrait provoquer de l’anxiété chez vos autres chats. Pour ce qui est de la question de savoir si vos chats ressentent un deuil, il y a quelques divergences d’opinions au sein de la communauté scientifique et les courants de pensées varient selon les différentes espèces. Néanmoins, dans l’état actuel de la science, le consensus est que le chat réagit au décès d’un autre chat avec qui il vivait, mais pas nécessairement parce que celui-ci est mort. Essentiellement, il réagit à la modification de sa routine et non pas au décès de son compagnon. C’est pourquoi les chats de la maison semblent chercher le chat disparu : ils peuvent réagir à la modification de la routine, aux émotions des propriétaires, pour s’assurer que les privilèges peuvent être récupérés ou que les ressources établies contractuellement peuvent être « redistribuées ».


LA FAÇON DE NÉGOCIER AVEC LE DEUIL

Pour ce qui est de savoir si vous désirez faire incinérer individuellement, avoir les cendres, avoir l’empreinte de la patte dans une pièce de plâtre et bien cela, c’est purement personnel et va avec votre façon de négocier avec le deuil. J’aimerais justement aborder cet aspect, même si cela n’a rien à voir avec le comportement félin. Chaque personne passe à travers le deuil de façon différente, mais j’ai très souvent vu des gens s’imposer une façon de faire malsaine en évoquant que c’est toujours ainsi qu’ils ont fait. J’aimerais vous raconter comment j’ai changé ma façon de négocier avec le deuil pour vous démontrer qu’il existe peut-être d’autres façons plus faciles de passer au travers. Encore ici, je ne dis pas que ma manière est la bonne mais je l’offre simplement pour donner des alternatives. Ce n’est peut-être pas une bonne méthode pour vous, mais si ça peut vous aider, tant mieux.

Comme nombre de personnes, mon « ancienne façon » de faire mon deuil était de m’imposer une douleur et de refuser d’être heureux et de ne pas faire d’activités plaisantes pendant plusieurs jours après le décès de mon chat. Avoir mal et ne pas avoir de plaisir était ma façon de démontrer que je l’aimais profondément. Si jamais j’oubliais que j’avais mal trop rapidement, je me sentais coupable et m’obligeais à revenir à cet état morose, éternisant ainsi le processus de deuil. Je me disais qu’il valait mieux « entrer dans mon mal » pour m’en défaire plus rapidement. Puis, un jour, un ami psychologue m’a dit quelque chose de formidable qui s’applique surement à vous car vous prenez le temps de lire ce texte.

Il m’a dit : « Daniel, te rends-tu compte de la chance que ce chat et toi avez eu de vous rencontrer? Très peu de chats ont un propriétaire aussi attentionné que toi et très peu de chats auraient pu vous rendre heureux à ce point. Tu as parfaitement le droit de nier, d’exprimer ta rage, d’être triste et de passer au travers des étapes du deuil parce que sa présence te manque, mais t’interdire d’être heureux pour te prouver que tu aimais cet animal est totalement illogique car le but de l’union, et ce, pour les deux, est d’être heureux. » Pensez-y! Nous avons des animaux même en sachant qu’ils vont probablement mourir avant nous parce que le mal que nous avons lors de leur mort n’est rien en comparaison au bonheur qu’ils nous procurent de leur vivant. Nous sommes maintes fois gagnant et la beauté de tout ça c’est que notre animal est aussi maintes fois gagnant. Même si nos propres motivations ne sont pas les mêmes que ceux de notre animal, cela ne change rien. C’est donnant-donnant. Alors, s’imposer une douleur et ne pas être heureux va à l’encontre total du contrat d’amour que nous passons avec nos animaux et si ceux-ci pouvaient le ressentir de la même manière que nous le pouvons, je suis certain qu’ils nous diraient que la dernière chose qu’ils voudraient pour nous c’est d’être malheureux et que de s’imposer une douleur pour leur prouver notre amour ne fait pas partie du contrat.

Et bien aujourd’hui, nous avons construit un nouvel enclos extérieur pour les chats. Josine et moi n’avons pas pu s’empêcher de penser que Shaelle aurait adoré ce nouvel enclos, elle qui « capotait » sur le fait d’aller prendre l’air dans l’ancien enclos un peu trop mal aménagé. Au lieu d’être tristes, nous avons plutôt pensé à elle en nous disant que le contrat d’amour que nous avions avec elle stipulait très clairement que la raison pour laquelle elle était entrée dans nos vies était pour que nous nous rendions heureux mutuellement et non pas triste mutuellement. Même dans la mort, ce contrat est irrévocable et nous devons l’honorer. Voilà pourquoi nous avons souris et avons baptisé notre nouvel enclos le « Shack à Shaelle. »

 


Note 1 : Il ne bouge pas.

Note 2 : L’anthropomorphisme consiste à attribuer des sentiments humains à des animaux.

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